Le Forum des écrivains serbes s’invite dans la campagne électorale
6 05 2008Ce qui s’est passé dans les rues de Belgrade et des autres villes du pays entre le 17 et le 21 février dernier a prouvé sans ambiguïté que l’élite politique serbe, réactionnaire jusqu’à l’arrogance et toute « technique » qu’elle soit désormais, est prête dès que l’occasion se présente à jeter l’oripeau du nationalisme de salon pour se livrer ouvertement à des manœuvres politiciennes de bas étage et aux récupérations partisanes les plus abjectes. De toute évidence, « l’avènement du peuple » rejoué le 21 février a été le premier épisode, agrémenté de prises à partie et de menaces clérico-fascistes, de la campagne électorale en cours.
S’il est resté jusqu’ici plutôt discret et tacite, le soutien qu’une composante essentielle de l’élite au pouvoir apporte à l’extrême droite serbe n’en est pas moins constant. Il a culminé le 21 février, au terme d’un irrésistible crescendo : déclarations violentes de diverses organisations de droite, mots d’ordre et marches de groupes néonazis, stigmatisation des adversaires politiques et appels à leur régler leur compte, propositions de restreindre la liberté de parole, agressions physiques contre les personnes, démolition des biens, destruction des œuvres d’art, interruption violente des débats publics, cas de discrimination nationale et religieuse et accrochages armés provoqués au Kosovo. Tous ces événements ont été systématiquement relativisés dans les médias. L’« état d’urgence » qui prévaut aujourd’hui est la conséquence logique de trois facteurs : remise à l’ordre du jour de la prétendue révolution antibureaucratique ; renforcement du populisme et du nationalisme ; retour des forces antiréformatrices, réhabilitées après l’attentat contre le Premier ministre Đinđić, qui occupent désormais le devant de la scène politique.
Nous, écrivains de diverses générations regroupés autour du Forum des écrivains, rejetons un modèle culturel fondé sur le nationalisme, reflet d’une conscience totalitaire, sur la démagogie et les manipulations, le détournement de la démocratie et du pluripartisme, la violence dans la vie politique. Nous appelons nos collègues du secteur culturel et tous ceux qui veulent un véritable avenir pour la Serbie à se joindre à nous, à exprimer publiquement leur désaccord et leur refus, à dénoncer l’état d’esprit qui règne aujourd’hui parmi les élites politiques et intellectuelles en Serbie, conduisant à un nationalisme toujours plus agressif, à l’auto-isolation du pays.
Invoquer les fantômes du passé, recourir aux idées de Nikolaj Velimirović et de Dimitrije Ljotić, comme on le fait actuellement, c’est retourner à cette matrice funeste et si reconnaissable dans laquelle s’est inscrite plus d’une fois l’histoire récente de la Serbie. Élevons-nous contre la mainmise des partis sur l’État et la culture, contre l’invention des ennemis extérieurs et intérieurs. Dénonçons l’inertie des opportunistes et les intentions destructrices de la droite agressive. Disons-le avant qu’il ne soit trop tard : nous n’acceptons pas !
Vladimir Arsenijević, Laslo Vegel, Mirko Đorđević, Predrag Čudić, Ibrahim Hadžić, Milan Đorđević, Filip David, Borka Pavićević, Nenad Prokić, Mirjana Miočinović, Mileta Prodanović, Borivoje Adašević, Bojan Tončić, Milica Jovanović, Vladimir Arsenić, Ivan Potić, Mića Vujčić, Dragoljub Stanković, Srđan V. Tešin, Siniša Tucić, Miloš Živanović, Saša Ilić, Tomislav Marković, Saša Ćirić
Source : Le Courrier des Balkans : http://balkans.courriers.info/article10388.html
Voir aussi l’article sur les monopoles mafieux : http://balkans.courriers.info/article10384.html